SUR LA ROUTE

DE LA PIERRE

Sur la route de la pierre

Des rives du Rhône aux sommets des Alpes, la pierre de l’Isère inspire les bâtisseurs depuis l’Antiquité, façonnant les paysages et l’architecture. Balade sur les traces des pierreux et des mariniers…

Par Véronique Granger

  • La carrière de la Queyrie, sur les hauts plateaux du Vercors
  • La carrière de Montalieu-Vercieu.

 

 >  SUR LA ROUTE DE LA PIERRE

Avec ses reliefs tourmentés et ses imposantes masses calcaires, l’Isère a toujours été une mine pour les tailleurs et sculpteurs de pierre.
 
Abandonnés à 1 800 mètres d’altitude sur les hauts plateaux du Vercors, dans la plaine de la Queyrie, d’impressionnants blocs de marbre taillé, vestiges de colonnes ou de chapiteaux, témoignent encore de l’intense activité qui régnait dans cette zone aujourd’hui isolée aux premiers siècles de notre ère, à l’époque gallo-romaine.
 
Comment ces blocs extraits à flanc de montagne étaient-ils ensuite acheminés, vers quels monuments en construction en contrebas ? Unique et préservée, cette carrière d’altitude garde son mystère… 
 
Redescendant au fil du Rhône, à travers les paysages du plateau calcaire de l’Isle-Crémieu, d’autres carrières abandonnées nous font remonter au temps où le « choin » local – le surnom de cette pierre « dure comme du chien » ! – était acheminé sur le fleuve.
 
Les Gallo-Romains l’utilisèrent déjà pour reconstruire Vienna et Lugdunum (Lyon) en l’an 65. La végétation depuis a repris ses droits, mais à fleur de roche, en front de taille, on retrouve les différentes strates exploitées par les carriers jusqu’au début du XXe siècle : les plus fines produisaient les lauzes, ces fines dalles de calcaire dorées qui recouvrent les toitures ou les remparts de Crémieu.
 
Des couches les plus épaisses étaient extraits les moellons qui, mêlés à l’argile ou au mortier de chaux, donnent leur cachet aux fermes et maisons environnantes. 
 
 

 >  UN PATRIMOINE BIEN VIVANT

 
 
Avec la révolution industrielle, de 1840 à 1914, la pierre dite de Villebois (du nom du village frontalier de l’Ain situé de l’autre côté du fleuve où elle fut aussi exploitée) connut son âge d’or, s’exportant bien au-delà de nos frontières.
 
Entre 3 000 et 4 500 « pierreux », répartis chez une cinquantaine de carriers, travaillaient alors à extraire, tailler et marteler cette pierre calcaire dense et dure, de couleur gris-beige, idéale pour les travaux de prestige de l’époque.
 
Elle servit ainsi à édifier la quasi-totalité des ponts, quais et monuments de Lyon – comme la basilique Saint-Pierre ou le palais de justice. Mais aussi le palais impérial de Tokyo ou le Panthéon à Paris, l’Empire State Building de New York (en ornement…).
 
L’industrie du ciment – qui fut inventé aussi en Isère par Louis Vicat il y a deux cents ans et donna lieu à d’autres belles réalisations iséroises ! – supplanta peu à peu la pierre.
 
Quelques entreprises perpétuent toutefois le savoir-faire lié au « choin » de Villebois et de Montalieu – qui est en cours de reconnaissance d’indication géographique. José Dias, directeur de la maison du patrimoine de Hières-sur-Amby et de la Maison de la pierre au ciment de Montalieu, est de ceux qui font vivre ce patrimoine bien vivant, entre tradition et nouvelles technologies.
 
Plusieurs itinéraires pédestres ou cyclables, au départ de la Maison de la pierre ou de la base nautique de la Vallée bleue, le long de ViaRhôna, nous emmènent dans les pas de ces pierreux et mariniers qui ont marqué le paysage et l’architecture de leur empreinte… 
 
 
 
 
 
Carrière à Montalieu-Vercieu : la pierre pourrait obtenir une indication géographique protégée
Le château médiéval de Vertrieu a servi de carrière au début du XVIIIe siècle
La Maison de la pierre au ciment à Montalieu-Vercieu
Le lavoir de Leyrieux et son toit de lauzes restauré : une pierre typique, omniprésente sur le plateau de l’Isle Crémieu.

ZOOM

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 >  S'INITIER À LA TAILLE ET À LA SCULPTURE DE PIERRE DURE

 

Broche (pointe), gradine (ciseau à dents), boucharde (marteau dentelé pour aplanir la pierre), chasse (gros ciseau large), massette… Tous ces outils sont spécifiques au travail de la pierre dure – qui diffère de celui du tuffeau ou de la molasse, que l’on trouve par exemple à Saint-Antoine-l’Abbaye…
 
Pour s’initier à leur maniement, des cours sont proposés tous les samedis matin au musée de Hières-sur-Amby. 
 
 
Musée Larina Hieres  - 04 74 95 19 10
 

Reportage de Télégrenoble sur la pierre iséroise

Publié le : 
06 juin 2017