La dernière poterie

de Roussillon

Hors-série

C’est un petit atelier authentique, resté "dans son jus", comme autrefois en Dauphiné. Depuis plus de 200 ans, la poterie des Chals perpétue la tradition locale de la terre vernissée.

Par Sandrine Anselmetti

  • Jean-Jacques Dubernard, potier à Roussillon © S. Anselmetti
© S. Anselmetti
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UN PATRIMOINE EXCEPTIONNEL

Labellisée « Patrimoine en Isère » par le Département et « Entreprise du patrimoine vivant » par l’Etat pour son caractère exceptionnel, la poterie des Chals raconte l’histoire d’une transmission : transmission d’un lieu, d’un métier, d’un outil de travail...

L’installation d’origine est toujours en état : des bassins de décantation, un laveur et un malaxeur — avec son moteur de 1911— pour la préparation de l’argile ; un atelier équipé de deux tours à pédalier sur lesquels sont toujours façonnées les poteries après plus de 200 ans ; deux fours à bois, dont l’un d’une capacité de 5000 pièces (18 m³). 

« Avec la terre, ce n’est pas toi qui décide ! L’argile se travaille avec tous les éléments : l’eau, l’air, le feu… Pour qu’ils t’obéissent, il faut respecter les règles. 300 grammes de terre sont plus forts que toi : c’est une philosophie qui apprend à être précis et persévérant ! »

Assis derrière son tour, Jean-Jacques Dubernard aime parler de son métier, avec humour, passion et humilité.

A 61 ans, il est le dernier héritier de la poterie des Chals, à Roussillon, terre historique de poteries et de tuileries. Un petit atelier resté intact depuis 1843.
 

> CONTINUER UNE HISTOIRE

Jean-Jacques a repris le flambeau en 1976, après avoir été formé durant trois ans par l’ancien propriétaire des lieux, Jean-Marie Paquaud, potier de 12 à 80 ans.

Il perpétue ainsi la tradition locale de la terre vernissée, avec l’amour du travail bien fait et la maîtrise du savoir-faire à l’ancienne. Les mêmes gestes, la même identité.

« Je fais moins de biches à lait qu’autrefois — 10 000 en 1945, 50 aujourd’hui — mais je garde l’esprit de la terre vernissée, populaire et gaie, utile et décorative, faite de sueur et de soleil ! », souligne Jean-Jacques.

Des plats, des arrosoirs, des animaux, des personnages naïfs, en petites séries ou des pièces uniques… Les décors sont colorés, brillants, souvent inspirés du monde paysan ou des personnages qui entouraient la poterie autrefois, comme « La Paulette », son attachante voisine.

Et à chaque fois, transparaît le caractère du potier, simple, blagueur et poète. Ces créations sont vendues sur place, sur des marchés de potiers… mais aussi à New York, Paris et Tokyo !
 

> TRANSMETTRE ET PARTAGER

Dans un esprit de rencontre et d’échanges, Jean-Jacques prend plaisir à transmettre, faire visiter les lieux, expliquer le métier et son histoire : « Il y a 100 ans, il existait 41 ateliers comme celui-ci dans le canton. Aujourd’hui, nous sommes 3 000 potiers en France, dont seulement une dizaine à fabriquer notre argile. L’été, on travaille à la préparation de la terre, l'automne et l'hiver au tournage, le printemps au décor et à la cuisson… ».

Des amateurs d’art aux simples curieux, en passant par les scolaires, les apprentis potiers ou les amis, des gens très différents défilent dans l’atelier. « Ici, c’est tous les jours "portes ouvertes", comme autrefois », sourit Jean-Jacques.

04 74 29 54 40 - www.poteriedeschals.fr

Publié le : 
07 juillet 2016