Éloge de la modernité

Et la lumière fut !

Patrimoine

Que serait l’Isère sans la houille blanche ? Une passionnante exposition à la Maison Bergès (Lancey) nous ramène à la source de cette énergie issue des torrents de montagne que surent si bien exploiter ingénieurs et industriels des vallées du Grésivaudan et de la Romanche à la fin du XIXe siècle.

Par Véronique Granger 

  • Maquette du four électrique Keller, à quatre électrodes, présentée lors de l’Exposition internationale de la houille blanche et du tourisme à Grenoble, en 1925. © M. Major

L’électrochimie, l’électrométallurgie, la papeterie, la fabrication de conduites forcées, de turbines et de matériels électriques, l’informatique, les nouvelles technologies, l’automobile, le chemin de fer…

La liste de toutes les industries qui se sont développées en 150 ans grâce à l’électricité permet de mesurer l’importance de cette invention. Et sans l’hydroélectricité née de la houille blanche, les entreprises ne seraient certainement jamais venues s’installer dans nos fonds de vallées.

> Des entrepreneurs épris de progrès techniques

Deuxième volet de l’exposition Grenoble 1925, ouverte en décembre dernier au Musée dauphinois dans le cadre du 90e anniversaire de l’Exposition internationale de la Houille blanche et du Tourisme de Grenoble, l’exposition réalisée à la Maison Bergès-Musée de la houille blanche rend hommage aux pionniers qui surent exploiter cette fabuleuse innovation technique.

Comme Aristide Bergès dans le Grésivaudan ou Charles-Albert Keller dans la vallée de la Romanche, des inventeurs entrepreneurs intrépides, portés par leur croyance sans faille dans le progrès technique et social, contribuèrent à faire entrer l’Isère dans l’ère de la modernité.

> L'Isère parmi les plus innovants

« La houille blanche a révolutionné l’industrie, nos paysages, nos villes, nos campagnes, notre vie au quotidien et c’est ici qu’elle s’est développée », soulignait le président Jean-Pierre Barbier le jour de l’inauguration en janvier dernier. « C’est aussi sur ce terreau industriel et technique qu’est né ce lien privilégié entre recherche, industrie et université, qui fait de nous l’un des départements reconnus comme les plus innovants au monde. »

Plus d’un siècle après, cette modernité que l’on accuse parfois de tous les maux méritait bien un éloge

 

Maquette du four électrique Keller, à quatre électrodes, présentée lors de l’Exposition internationale de la houille blanche et du tourisme à Grenoble, en 1925. © M. Major
Jean-Pierre Barbier, président du Département de l’Isère, lors de l’inauguration de l’exposition. / Crédit photos : M. Major

Quand la fée électricité rajeunissait la femme

Tout passe, Thermor repasse ! Rajeunissement de la femme par l’électricité, massages, raffermissement des rides (…), coloration des cheveux...

Ces publicités d’une fameuse marque d’électroménager et d’un coiffeur grenoblois, exposées parmi d’autres affiches art-déco et objets domestiques au musée, témoignent des spectaculaires transformations apportées par l’électricité dans les foyers dès les années 1925.

Encore timide quand éclate la Première Guerre mondiale, cette énergie dont l’essor est permis par l’hydroélectricité, est de plus en plus présente dans les villes, les campagnes et les hautes vallées. Et ni la crise de 1929, ni la Seconde Guerre mondiale ne stopperont cette conquête. 

Crédit photo / M. Major
Crédit photo / M. Major
Crédit photos : M. Major
  • Aristide Bergès, « père » de la Houille blanche. Crédit photo / DR

Aristide Bergès, est-il l'inventeur de la houille blanche ?

Non. 30 ans avant Aristide, en 1837, Benoît Fourneyron, inventeur de la turbine, équipa une première haute chute en Bavière, en Allemagne, pour canaliser la force motrice de l’eau.

Quand les papetiers Aimable Matussière et Alfred Fredet eurent l’idée de faire venir Aristide Bergès à Domène en 1869 pour installer des défibreurs dans leur usine, la technique était déjà en œuvre aux Etats-Unis, au Canada et dans les Pyrénées.

Et pourtant si. Non seulement le jeune ingénieur papetier ariégeois atteignit des hauteurs de chutes record, sur 200 et 500 mètres de dénivelée. Mais c’est lui qui en 1889 inventa le terme de houille blanche — par opposition à la houille noire, le charbon — pour promouvoir cette énergie pure et renouvelable lors de l’Exposition universelle de Paris.

Soucieux de la démocratiser, Aristide Bergès créa ensuite, en 1898, la Société d’éclairage électrique du Grésivaudan pour amener la fée électricité dans tous les foyers de la vallée.

« C’était un fabuleux innovateur, pour qui le progrès technique était aussi synonyme de progrès social », rappelle Sylvie Vincent, directrice de la Maison Bergès. 

Eloge de la modernité

Maison Bergès-Musée de la Houille blanche, à Villard-Bonnot.
Du mercredi au dimanche, entrée libre.
Horaires et programme des ateliers : www.musee-houille-blanche.fr

Publié le : 
04 avril 2016