Valbonnais

Dauphinois corps et âme

Notre histoire

Son portrait trône parmi d’illustres personnages dans la salle consacrée au siècle des Lumières, au musée de l’Ancien évêché de Grenoble. Peu connu du grand public, le marquis de Valbonnais est pourtant à l’origine des premiers ouvrages historiques sur la principauté du Dauphiné.

  • Portrait de Jean-Pierre Moret de Bourchenu, marquis de Valbonnais, exposé au musée de l’Ancien évêché, à Grenoble

 

Dans son ouvrage, Le siècle de Louis XIV, Voltaire, figure emblématique du siècle des Lumières, écrivait à son sujet : « Sa mémoire est chère à Grenoble pour le bien qu’il y fit, et aux gens de lettres par ses grandes recherches. » Et pourtant, qui connaît aujourd’hui Jean-Pierre Moret de Bourchenu, marquis de Valbonnais, à part quelques érudits ?

Certes, il y a bien une rue du Valbonnais, à Grenoble, mais, à l’évidence, l’odonymie a davantage retenu cette région du sud-Isère que ce personnage dont les travaux historiques sur le Dauphiné font toujours référence.

> Brillant en philosophie

Né le 23 juin 1651 à Grenoble, Jean-Pierre Moret de Bourchenu est issu d’une famille de robe, anoblie 50 ans auparavant sous Henri IV. Son père, Pierre Moret de Bourchenu, seigneur de Peyre, Sigottier et Tréminis, est doyen au Parlement de Grenoble mais aussi baron de Valbonnais depuis qu’il a acquis cette terre en 1677.

A l’âge de 7 ans, Jean-Pierre reçoit une éducation classique qu’il effectue comme pensionnaire au prieuré de Notre-Dame de Grâce, à Chambles, dans le Forez. Il se montre brillant, notamment, en philosophie, en soutenant ses thèses dès l’âge de 14 ans.

> "Grenoble, laide et médiocre"

Deux ans plus tard, il obtient la permission d’effectuer son Grand Tour. Un voyage qui débute, comme souvent pour un Dauphinois bien né, par l’Italie et ses villes emblématiques, Rome, Naples, Bologne ou encore Venise où il se lie d’amitié avec l’ambassadeur de France, Nicolas Prunier de Saint-André, dauphinois comme lui.

A son retour, trois ans plus tard, Jean-Pierre ne tient pas en place et trouve « Grenoble laide, médiocre… ville de vieillards et de commères. » Il rêve de Paris alors que son père souhaite qu’il fasse son droit à Valence. Un matin de 1671, il s’enfuit à cheval vers la capitale. Il a 20 ans.

> Intégrer la communauté des savants

Avide de savoirs, il fréquente les cercles littéraires, les conférences, les bibliothèques. En 1672, il visite les Flandres puis la Hollande et enfin l’Angleterre où il est introduit à la cour du roi Charles II par le comte de Canaples, dernier duc de Lesdiguières — encore un Dauphinois. Fait marquant, il assistera début juin, à la bataille de Solebay, un combat naval entre les flottes hollandaises et anglo-françaises, bataille si meurtrière qu’il tournera définitivement le dos à une éventuelle carrière militaire.

De retour à Paris, il se plonge dans les études, apprend le droit à La Sorbonne mais aussi les mathématiques avec un professeur de renom, Jacques Ozanam. Après avoir réussi ses « degrés », il revient à Grenoble, en 1675, à la grande joie de sa famille, et exerce la profession d’avocat pendant deux ans.

> Un héritier devenu riche

En 1677, il succède à son père comme conseiller au Parlement de Grenoble« Jeune intellectuel, avide de s’intégrer dans la communauté des savants, il séjourne souvent à Paris, fréquente les érudits et instaure chez lui des conférences bihebdomadaires sur le modèle des cercles savants parisiens », écrit à son sujet l’historienne grenobloise Clarisse Coulomb.

En 1682, son père décède et Jean-Pierre devient le chef de famille. Il partage alors sa vie entre le Parlement, les livres, les promenades et ses neveux qu’il forme aux sciences et aux belles lettres. En 1688, il hérite d’une fortune considérable et achète la charge de Premier président de la Cour des comptes du Dauphiné.

> Un infirme tourné vers l'histoire

A 37 ans, Jean-Pierre Moret de Bourchenu est l’un des personnages les plus puissants de la province. Heureux bonheur, en 1694, la baronnie familiale est érigée en marquisat par Louis XIV, qui, deux ans plus tard, nomme le désormais marquis de Valbonnais, conseiller d’Etat. Seul écueil dans ce parcours sans faute, il perd la vue et doit abandonner l’une de ses passions de toujours, les mathématiques.

Qu’à cela ne tienne, il se plonge dans l’histoire, étudie les inscriptions romaines, la généalogie mais surtout le passé médiéval du Dauphiné. En tant que président de la Cour des comptes, il dispose d’un gisement considérable d’archives sur la province, actes, arrêtés, nominations, privilèges, dont il est le gardien.

> Faire entrer le Dauphiné dans l’Histoire

Il entreprend alors d’écrire une nouvelle histoire du Dauphiné en détaillant, notamment, les modalités de son rattachement à la France en 1349 par le dernier dauphin Humbert II. L’entreprise est colossale et la méthode extrêmement rigoureuse : "ne rien avancer sur la foi des traditions et sur des conjonctures vagues", explique-t-il.

Mobilisant des dizaines d’émissaires et de petites mains pour suppléer sa cécité, Valbonnais mettra dix ans pour mémoriser, organiser et dicter les chapitres de son premier ouvrage : Les Mémoires pour servir à l’Histoire de Dauphiné. Un « pavé » de 700 pages qui sera accueilli triomphalement par les milieux savants de l’époque.

> Immortalité académique

En 1714, il est reçu comme membre associé à l’Académie de Lyon. Sur sa lancée et malgré une attaque, il publie en 1722 deux volumes sur L’Histoire de Dauphiné. En 1728, c’est la consécration : il est nommé académicien honoraire de l’Académie des Inscriptions & Belles lettres.

« De ses immenses travaux sur le Dauphiné, Valbonnais n’en retira pourtant aucune reconnaissance sur le plan local », précise Clarisse Coulomb. Alors qu’il entame l’écriture d’un troisième ouvrage, il décède le 2 mars 1730 de rétention urinaire. Il sera inhumé au couvent des Minimes, à Saint-Martin-d’Hères aux côtés d'un autre Dauphinois célèbre : le Chevalier Bayard.

 

En 1711, Valbonnais publie son premier ouvrage, Mémoires pour servir à l’Histoire de Dauphiné
En 1722, sortie de deux volumes sur L’Histoire de Dauphiné
Le château de Valbonnais où Jean-Pierre Moret de Bourchenu écrivit ses ouvrages historiques sur le Dauphiné

Valbonnais, Chorier : tout les oppose

Lorsqu’il décide d’écrire l’histoire du Dauphiné, Valbonnais est en opposition avec le juriste et historien grenoblois, Nicolas Chorier, qui a publié, en 1672, sa propre Histoire du Dauphiné (et qui dispose lui, d'une rue importante à son nom !).

Il trouve ses textes très arrangeants avec les grandes familles dauphinoises qui lui ont ouvert leurs archives personnelles. Valbonnais, à l’instar des moines bénédictins mauristes réputés pour leur érudition et leur rigueur, s’appuie sur des documents authentiques.

« La vérité n’y est produite que sur des preuves et sur des témoignages certains », avance-t-il. En ce sens, il est l’un des premiers sous l’Ancien régime à adopter cette ligne de conduite et de travail. Exit contes et légendes…

Erudit et philanthrope

Bien né, érudit, vieux garçon et à la tête d’une solide fortune, le marquis de Valbonnais est aussi un généreux donateur.

Il verse régulièrement d’importantes sommes d’argent pour venir en aide aux indigents et aux pères de famille qui, victimes des grandes famines de 1693, 1694 et 1709, n’osent mendier.

Ses largesses bénéficient aussi aux hôpitaux de Grenoble et aux maisons religieuses.

Sources :
Entre France & Italie…, Laurence Rivière-Ciavaldini, Ed. PUG 2009.
Valbonnais, Maris Riollet, bulletin de l’Académie delphinale.
RCF38, Valbonnais par Annie Francou et Claude Muller

www bibliotheque-dauphinoise.com

Publié le : 
04 avril 2016