LA CHARTREUSE

UN SECRET BIEN DISTILLÉ

Terroir

La fameuse liqueur mise au point par les moines chartreux au XVIIIe siècle s’est forgé une renommée mondiale, tout en gardant son mystère. Plus d’un million de bouteilles par an sont produites à Voiron, selon un procédé top secret. 

Par Sandrine Anselmetti

 

 
Un vert naturel unique, une puissance aromatique exceptionnelle et une aura de mystère… c’est tout cela que l’on savoure dans un verre de chartreuse !
 
Emblème du patrimoine gastronomique de l’Isère, la liqueur des moines de la Grande-Chartreuse est autant appréciée des chefs étoilés que des barmen des soirées branchées, et cela jusqu’en Nouvelle-Zélande !
 
Sa recette est aussi probablement l’un des secrets les mieux gardés du monde, avec celle du Coca-Cola ! Un mystère vieux de 400 ans, mêlant spiritualité et alchimie.
 

> SON HISTOIRE
 

Tout commence en 1605, lorsque le maréchal d’Estrées remet à l’ordre des chartreux un manuscrit d’origine inconnue, révélant la formule d’un « élixir de longue vie ».
 
Il contient la quasi-totalité des plantes médicinales de l’époque, que seuls les moines et les apothicaires savent travailler.
 
En 1737, le frère Jérôme Maubec fixe définitivement la recette et met au point le procédé de fabrication de l’élixir végétal de la Grande-Chartreuse, ancêtre de la chartreuse verte.
 

> SES VARIÉTÉS
 

La « verte » (55°), dite « liqueur de santé », est mise au point en 1764. La « jaune » (40°), surnommée « la reine des liqueurs », est créée en 1838.

D’autres suivront au fil du temps, toujours basées sur le manuscrit de 1605 : la « VEP » (en 1963), la « 9e centenaire » (1984), la « 1605 » (2005) ou encore la « cuvée des Meilleurs ouvriers de France sommeliers » (2008)..

 

> SA PRODUCTION
 

La recette originale contient 130 plantes médicinales et aromatiques, venues de tous horizons.

Aujourd’hui encore, seuls deux chartreux connaissent leurs noms et savent comment les mélanger et les distiller. Les plantes sont ainsi triées loin des regards indiscrets dans une salle du monastère, à Saint-Pierre-de-Chartreuse. Elles sont ensuite livrées dans des sacs de toile numérotés à la distillerie de Voiron, l’unique lieu de production.

Trois laïcs les aident, mais ce sont les moines qui maîtrisent le savoir-faire : ils suivent la distillation depuis le monastère en temps réel, grâce aux outils modernes de contrôle à distance.

C’est à Voiron, dans la plus longue cave à liqueurs du monde (164 mètres), que vieillit le breuvage obtenu. La société Chartreuse Diffusion se charge du conditionnement et de la commercialisation.

Depuis 20 ans, les ventes augmentent régulièrement. Elles constituent le principal moyen de subsistance de l’ordre des chartreux (21 monastères dans le monde), qui regroupe 350 moines et moniales, dont une trentaine à la Grande-Chartreuse, leur permettant de se consacrer pleinement à leur vie de solitude et de prière. 

REPÈRES

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> LES CHIFFRES-CLÉS

  • 15 millions d’euros de chiffre d’affaires
  • 62 salariés
  • 1,3 million de bouteilles par an
  • dont 70 % de chartreuse verte
  • 50 % du volume exporté 
 

 

ZOOM

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> UN NOUVEAU SITE DE PRODUCTION

 

En 2018, la distillerie de Voiron va transférer une partie de ses activités dans une nouvelle distillerie en construction à Aiguenoire, hameau d’Entre-Deux-Guiers, au cœur du massif de la Chartreuse.

Un retour aux sources puisque ce terrain de 7 hectares, situé dans un écrin de nature à seulement 12 km du monastère de la Grande-Chartreuse, a appartenu aux moines de 1618 à 1791.

Siège social de Chartreuse Diffusion, le site de Voiron gardera sa cave à liqueurs et développera son espace d’exposition, qui accueillent plus 70 000 visiteurs par an. 

 

Publié le : 
04 avril 2017