MOLY SABATA,

RÉSIDENCE D'ARTISTES

Actualité

En 1927, Albert Gleizes, l’un des fondateurs du cubisme, et son épouse Juliette Roche créaient la toute première résidence d’artistes de France, à Sablons, en Isère rhodanienne. Quatre-vingt-dix ans après, le bouillonnement artistique y est toujours aussi intense.  

Par Véronique Granger

  • La résidence d’artistes Moly Sabata, à Sablons, est un ancien relais de mariniers.

 

En ce matin de printemps, l’effervescence règne à Moly Sabata : Aline Morvan, l’une des quatre artistes actuellement en résidence dans cet ancien relais de mariniers au bord du Rhône, vient de récupérer l’un des nombreux troncs d’arbre charriés par le fleuve pour les besoins de sa future exposition à Privas.

Joël Riff, chargé d’animer et de faire rayonner la résidence avec Pierre David, a dû lui trouver un tracteur : « Ici, l’accueil des artistes ne se résume pas à un hébergement. Nous sommes impliqués à fond dans la logistique ! »

Avec son jardin de charme et ses cinq ateliers-logements tout confort avec vue sur le Rhône – le lieu a été totalement reconstruit en 1984 après un incendie –, Moly Sabata offre des conditions de travail idéales, loin des rumeurs de la ville et de la plateforme chimique de Roussillon, si proches. Propriété de la Fondation Albert Gleizes, la résidence perpétue l’esprit de ses fondateurs, deux peintres mécènes qui prônaient le retour à la nature et à l’artisanat.
 
Les lieux sont aussi imprégnés de la présence de la céramiste Anne Dangar, l’une de ses premières occupantes, qui y demeura et y créa de 1930 jusqu’à sa mort, en 1951.
 
Depuis 2010, date à laquelle l’artiste Pierre David a repris la direction de la résidence, le rythme s’est accéléré : environ 120 plasticiens (dont 33 en 2016), venus des centres d’art de toute la région Auvergne-Rhône-Alpes, mais aussi du reste de la France et un tiers de l’étranger, ont posé leurs boîtes de couleurs à Moly Sabata pour des séjours de deux à trois mois.
 
S’ajoutent des ateliers de pratique amateur en été, des week-ends avec des écrivains et une exposition annuelle au moment des Journées du patrimoine, en septembre. « Les portes s’ouvrent, mais cela reste avant tout un lieu de travail. Ici on produit », précise Pierre David – qui occupe l’un des ateliers. 
 
Les artistes viennent d’ailleurs avec un projet d’exposition bien précis, en prise avec le lieu. Le four à céramique laissé par un résident tourne ainsi à plein régime, dans ce pays de potiers. Le fleuve, très présent, est aussi une source d’inspiration forte – moly sabata signifie « savate mouillée ».
 
La Nantaise Chloé Jarry, en résidence en février-mars, a ainsi dessiné puis moulé les anneaux de port. Ses travaux sont actuellement exposés au Centre d’art Bastille (le CAB) à Grenoble.
 

 REPÈRES

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> 2017, ANNÉE ANNIVERSAIRE
 

15 événements (stages, ateliers, etc.) rythmeront le 90e anniversaire de la résidence. Une belle occasion de découvrir Moly Sabata avec un temps fort en septembre lors des Journées du patrimoine.

Une exposition rétrospective présentera des œuvres créées in situ par une dizaine d’artistes, d’hier à aujourd’hui. On pourra découvrir tout particulièrement le travail de deux invitées prestigieuses : l’Américaine Joséphine Holvorson et la Londonienne Caroline Achaintre, à la frontière des arts plastiques et décoratifs. Bien dans l’esprit de la maison !   

Si le lieu est privé, le fonctionnement de la résidence (110 000 euros par an) est assuré par les collectivités locales, dont le Département de l’Isère. Patrick Curtaud, vice-président chargé de la culture et du patrimoine, a ainsi rappelé dernièrement son attachement et son soutien au lieu lors d’une visite.

 

ZOOM

LES ARTISTES EN RÉSIDENCE

  • Chloé Jarry 

CHLOÉ JARRY

Cette artiste de 28 ans, diplômée de l’école supérieure des beaux-arts de Nantes en 2010, expose du 1er avril au 18 juin au Centre d’art Bastille (CAB), à Grenoble, le fruit de sa résidence à Moly Sabata.

On y reconnaîtra les tomettes de terres différentes et les anneaux moulés cuits dans le four à céramique, évoquant la proximité avec le fleuve.  

  • Aline Morvan 

ALINE MORVAN

Cette sculptrice de 35 ans, diplômée de l’école d’art de Limoges, des Beaux-Arts de Rennes et de l’école de design de Genève, aime à travailler la matière et le temps.

Durant ses deux mois à Moly Sabata, en février et mars, elle a moulé en terre des bouteilles de vin qu’elle a ensuite immergées dans le vin rouge, inversant le process contenant-contenu… 

Son installation sera visible au théâtre de Privas, coproducteur du projet, du 6 mai au 17 juin. 

Publié le : 
04 avril 2017