Patrimoine

Les conservateurs du Département ont, entre autres missions, celle d’enrichir les collections de leurs musées et de compléter ce qui constitue le patrimoine de tous les Isérois. Ils sont amenés à fréquenter les collectionneurs, les galeries et les salles des ventes. Qu’ont-ils déniché cette année ?

Par Richard Juillet

« Une fois, deux fois, trois fois... Adjugé ! Le lot Profil d’homme non identifié est attribué au Département de l’Isère. » Loin de ses compétences traditionnelles, le Département est aussi un acteur du marché de l’art et du patrimoine, certes modeste, mais qui peut être très actif lorsqu’une opportunité se présente. En témoigne l’acquisition en janvier 2015 du piano Erard de la famille Berlioz : proposé sur le site de petites annonces LeBonCoin.fr, il a été acquis par le Département pour 55 000 euros. C'est aujourd’hui l’une des pièces maîtresses du musée Hector Berlioz à La Côte-Saint-André.

 

 

Constituer un patrimoine commun

Pour remplir cette mission, le Département dispose d’un fonds d’acquisition (120 000 euros en 2016) qui lui permet d’acheter lors de ventes aux enchères ou en direct, des œuvres de référence. Elles vont ensuite enrichir les collections des musées départementaux et des Archives de l’Isère, pour préserver la mémoire de notre territoire. Le Département accepte aussi, après étude, les dons — bien plus nombreux qu’on ne l’imagine ! —, les legs et les dépôts de collectivités et de musées. Nouveauté, il sera prochainement fait appel au financement participatif pour acquérir La République, un tableau de Jean Baptiste Wicar mis en vente en Italie.

 

 

  • Archives départementales Affiche PLM Saint-Pierre-de-Chartreuse et pic de Chamechaude. Acquisition.
  • Musée dauphinois ­– Grenoble Landau de poupée. Don de Mme Davin
  • Musée Hector Berlioz – La Côte-Saint-André - Le piano Erard de la famille Berlioz. 1847. Achat.
  • Musée Hector Berlioz – La Côte-Saint-André - Harriet Smithson, actrice et première épouse de Berlioz. Georges Clint. Huile sur toile. Don de Monir Tayeb et Michel Austin.
  • Musée de Saint-Antoine-l’Abbaye – Saint-Antoine-l’Abbaye Saint-Jérome. Huile sur bois. XVIe siècle. Dépôt de la commune de Saint-Antoine-l’Abbaye.
  • Musée de la Révolution française ­– Vizille Enseigne à la liberté. Fer forgé. Années 1790. Achat.

Raconte moi ce tableau

Le Calvaire de Casamicciola à Ischia (1875), par Ernest Hébert - huile sur panneau de bois

Par Laurence Huault-Nesme, directrice du musée Hébert à La Tronche :
Remplacé en 1874 par Jules Lenepveu à la direction de l’Académie de Rome, Ernest Hébert garde pourtant ses habitudes italiennes de l’été.Il va prendre les eaux aux thermes de Casamicciola sur l’ile d’Ischia, près de Naples, pour soigner sa jambe malade. Comme toujours, entre deux soins, il peint de nombreuses aquarelles, des paysages le plus souvent et quelques scènes de genre.

Un nuancier harmonieux de couleurs

Ce tableau présente une frise de villageoises typiques, saisie dans leur vie quotidienne. Assises sur le muret d’un monumental calvaire surmonté de cinq croix de bois, des jeunes femmes avec enfants et bébés semblent désœuvrées et assommées d’ennui.

Le ciel nuageux en arrière-plan donne l’impression curieuse que les réverbères sont accrochés aux nuages. Lumineux, le tableau est peint en glacis, dans des couleurs tempérées et transparentes, en ton sur ton, par petites touches juxtaposées.

Le peintre accorde les couleurs, celles des nuages avec celles du sol et de la pierre du monument, celle des croix avec la chevelure des personnages comme souvent dans ses tableaux.

Qui est Ernest Hébert ?

Ernest Hébert (1817-1908) commence sa carrière avec la percée du réalisme. Après une formation classique à l’Ecole des Beaux-Arts de Paris où il remporte le Grand Prix de Rome de Peinture historique, il accède à la notoriété avec « La Mal’aria » au Salon de 1850.

Un bel avenir s’ouvrant devant lui, il partage son temps entre la France et l’Italie, où il a été deux fois directeur de l’Académie de France à Rome.

Il devient un portraitiste recherché de la haute société parisienne du Second Empire puis de la Troisième République. Toutefois, c’est en Italie qu’il trouvera ses sujets de prédilection en peignant des scènes de la vie paysanne empreintes d’un réalisme mélancolique. 

Publié le : 
02 février 2016