Terroir

La baisse continue du prix du lait et de la viande met en péril de nombreuses exploitations iséroises. En novembre 2015, le Département a débloqué une aide d’urgence d'un million d’euros. Neuf mois après, où en sont les éleveurs laitiers ? Rencontre avec Céline et Stéphane Revol, éleveurs dans le Nord-Isère.

Par Marion Frison

Jeudi, 18 février, 2016

A Romagnieu, Céline et Stéphane Revol conduisent un élevage de 35 vaches laitières. Ils vendent deux tiers de leur production à une coopérative laitière et transforment le tiers restant en fromage, sur l’exploitation.

Le prix du lait vendu en coopérative n’a pas évolué depuis les années 1980. Les charges n'ont elles pas cessé de croître, ainsi que les exigences de qualité et les normes sanitaires.

Leur situation financière s'est fragilisée. « Nous sommes payés entre 300 et 320 euros les 1 000 litres quand notre seuil de rentabilité se situe à 350 euros. Pire, les coopératives évoquent un cours de 270 euros pour 2016 ! Il n’est pas soutenable qu’aujourd’hui, un producteur-éleveur ne puisse pas vivre de ce qu’il produit », dénonce Céline Revol.

Une aide d’urgence d’un million d’euros

L’été 2015 a été marqué par des manifestations d’éleveurs en détresse en France comme en Isère, où plusieurs exploitations sont au bord du dépôt de bilan. Face à l’ampleur de la crise, le Département de l’Isère a débloqué en novembre 2015, une aide d’urgence d’un million d'euros.

Près de 700 exploitations en ont bénéficié. « Cette aide est bienvenue, mais elle ne suffira pas », analysent Céline et Stéphane, qui ont perçu 1 200 euros. Ils doivent faire face à des annuités de remboursement liées à la mise aux normes de leur fromagerie s’élèvent à 35 000 euros. « Notre souhait le plus cher serait de ne plus percevoir d’aides, mais de vendre à des prix raisonnables, pour la juste rémunération de notre travail. »

La méthanisation, solution d'avenir ?

Pour l’heure, ils équilibrent leur comptes grâce à la transformation fromagère et à la vente de leurs produits, à la ferme ou en grandes et moyennes surfaces. « Pour le lait vendu en coopérative, une hausse de trois à cinq centimes par litre nous permettrait de vivre de notre métier, et peut-être d’embaucher. Nous pourrions voir l’avenir avec optimisme », espère Céline.

Une espérance partagée par Stéphane, qui croit à des projets innovants comme la méthanisation. Une opportunité étudiée grâce au projet d’une centrale à Aoste, dont 85 % des apports viendraient des fumiers et lisiers produits par les élevages.

Viande bovine : valoriser la filière locale !

« La crise a débuté il y dix ans », confie David Rivière, 35 ans, éleveur de Charolais à Virieu, dans le Nord-Isère, qui accuse le monopole des industriels de « tirer la filière vers le bas ».

La viande hachée constitue plus de 40 % du marché, et 35 % d’entre elle est issue du troupeau laitier. Ecrasés par le coût de la main d’œuvre et des normes, les éleveurs français ne sont pas compétitifs.

Des revenus insuffisants

Pour pérenniser son exploitation, reprise en 2006, David Rivière a optimisé la conduite de son troupeau sans négliger la qualité. Malgré ses efforts, il ne parvient pas à se rémunérer décemment.

Avec un coût de production de 3,80 €/kg et un prix de vente de 3,85 €/kg, il perçoit 20 € par bête seulement. Soit 900 € par an.

Les éleveurs proposent des solutions

« Dans 18 mois, j’aurai fini de rembourser mon prêt Jeune agriculteur, ce qui me permettra de dégager un revenu annuel supplémentaire de 10 000 €. Mais il faut trouver des solutions pour valoriser durablement nos races à viande », estime-t-il. La vente directe et semi-directe, qui permet de dégager une marge supplémentaire de 500 € par bête, en est une.

L’initiative de l’Association des éleveurs de saveurs iséroises est citée en exemple. Une quinzaine d’éleveurs de Charolais et de Limousines ont répondu à la demande de bouchers de l’agglomération grenobloise pour une viande de qualité, dont ils ont rédigé ensemble le cahier des charges.

Cette filière locale, correctement rémunérée, cherche de nouveaux partenaires. Autre perspective, les éleveurs, l’abattoir de Grenoble et les élus isérois partagent la volonté de structurer la filière viande pour approvisionner les cuisines mutualisées, voire d’autres circuits de commercialisation complémentaire.

 

En savoir plus :



La ferme du Muguet - 04 76 32 16 07 - www.lafermedu-muguet.fr

Interview

Robert Duranton, vice-président du Département chargé de l’agriculture : « Développer un pôle agroalimentaire isérois »

"Les agriculteurs ont beaucoup investi au cours des dernières années pour augmenter la compétitivité de leurs exploitations. La fin des quotas laitiers, la dérégulation des marchés, le contexte mondial défavorable et la difficulté de contractualiser avec l’industrie agroalimentaire les frappent durement.

Il est aujourd’hui indispensable d’engager des mesures structurelles, en développant d’avantage des circuits commerciaux de proximité, afin qu’ils puissent vivre de leur production. Nous allons développer un pôle agroalimentaire isérois, autour des abattoirs, afin de mieux structurer les circuits alimentaires de proximité, via la commande publique et le développement d’outils collectifs de transformation et de logistique."

Publié le : 
02 février 2016