Citoyenneté

Avec 130 jeunes suspectés de radicalisation islamiste en 2015, l’Isère fait partie des six principales régions de recrutement des filières djihadistes en France. Le Département, responsable de la protection de l’enfance et des collèges, lance un plan de lutte contre ce fléau, en partenariat avec l’Etat.

Par Véronique Granger

15 000 photos, 800 vidéos en 11 langues et une vingtaine de magazines revendiquées par Daech d’un côté. Deux vidéos officielles de contre-discours via le programme « #stopdjihadisme » de l’autre. Pour le journaliste David Thomson, auteur du livre Les Français djihadistes, "il y a urgence à intensifier la lutte contre les réseaux de recrutement de l’organisation terroriste islamique".

Avec 4000 jeunes signalés en France et un millier de ressortissants déjà partis en Syrie ou en Irak, notre pays fournit le plus gros contingent de combattants européens. S’ils invoquent Allah et des sourates du Coran, la religion n’a souvent que peu à voir avec leurs motivations profondes.

Les plus jeunes sont les plus vulnérables

Face au vide existentiel, aux frustrations et au mal-être profond d’adolescents qui ne se reconnaissent plus dans notre société, Daech fournit un kit idéologique global qui satisfait l’illusion de rejoindre une communauté — la oumma —, de changer le monde ou de devenir un « héros ». Exister tout simplement.

Les plus jeunes, qui relèvent de l’action du Département, sont les plus vulnérables aux théories complotistes et autres techniques de manipulation diffusées par les réseaux sociaux. Les rabatteurs œuvrent à travers les associations d’aide aux devoirs, les clubs sportifs, les copains, la prison...

Détecter les indices précurseurs

« La difficulté, c’est qu’il n’y a pas de profil type de candidats au djihad, expliquait Frédérique Pernin, conseillère Education nationale à la Mission interministérielle de lutte contre les dérives sectaires (Milivudes), lors d’une réunion de sensibilisation des travailleurs sociaux du Département, organisée en novembre 2015. 40% des jeunes recrues n’avaient aucune racine musulmane. Et ils viennent de tous les milieux, ruraux ou urbains. »

Les enseignants mais aussi les professionnels des services médico-sociaux sont en première ligne pour détecter les premiers signaux d’une pré-radicalisation : « Un changement soudain d’habillement ou d’habitudes alimentaires, des propos asociaux ou un repli sur soi sont autant d’indices qui, cumulés, doivent alerter », explique Alain Ruffion, de l’Institut Unismed.

L’enjeu : repérer les jeunes avant la radicalisation et le départ vers les zones de guerre. Encore faut-il être en mesure de décrypter les techniques de manipulation mentale utilisées par les djihadistes et offrir à ces jeunes un discours de substitution à la propagande. Cela nécessite une solide formation et la mise en place de référentiels, comme il en existe pour le repérage de la maltraitance des enfants.

Un plan de lutte départemental

C’est l’ambition du plan de lutte contre la radicalisation des mineurs, lancé par le Département de l’Isère en partenariat avec l’Etat et la protection judiciaire de la jeunesse. S’inspirant de l’action menée dans les Alpes-Maritimes, premier département à s’être mobilisé sur le sujet, il va s’appuyer sur une mise en réseau des acteurs de terrain de chaque institution (Département, Etat, Education nationale, communes ou intercommunalités) et sur des mesures éducatives, avec l’adhésion des familles concernées.

Pour Sandrine Martin-Grand, vice-présidente chargée des actions de solidarité, « cette question de la radicalisation est certainement l’un des plus grands défis que notre société va devoir relever ; c'est un combat de longue haleine. Le Département entend prendre toute sa part dans cette lutte qui nous concerne tous ».

BD de Gilbert Bouchard pour lutter contre la radicalisation des jeunes

BD réalisée par Gilbert Bouchard

S'informer

La réalité des chiffres

Sur 4000 jeunes signalés en 2015 en France :

  • 25 % sont mineurs
  • 35 % sont des jeunes filles
  • 40 % se sont convertis récemment à l’islam
  • 9 % sont partis en Syrie
(Chiffres novembre 2015)
Publié le : 
02 février 2016