• Photo : F. Pattou

La République

enfin chez elle

Notre histoire

280 mécènes ont répondu à l’appel du Département pour acquérir la première représentation peinte connue de la République française. Entre sa découverte en juin 2015 et sa présentation au public le 21 septembre 2016, que s’est-il passé ?

Par Richard Juillet

  • Gros plan sur La République française par Jean-Baptiste Wicar (1793) (©DR)
  • Le château de Vizille, nouvel écrin de La République française (©F.Pattou)

 

Conservateur en chef du patrimoine et directeur du Musée de la Révolution française à Vizille, Alain Chevalier est à l’origine de l’acquisition par le Département du tableau La République française, dont la valeur historique et la qualité esthétique sont exceptionnelles.

Exécutée en 1793 à Florence par Jean-Baptiste Wicar, un disciple de David, cette peinture est la première représentation connue de la République française.

Une toile dont les caractéristiques répondent à un cahier des charges très précis, élaboré par Armand-Gaston Camus, député de la Convention, en charge de concevoir dès le 22 septembre 1792, le matériel officiel de la 1ère République : papier en tête, sceaux, etc...

Camus proposera ainsi de substituer aux fleurs de lys un nouvel emblème, celui de la Liberté, une femme vêtue à l’antique, tenant de la main droite une pique surmontée du bonnet phrygien, la gauche appuyée sur un faisceau d’armes.

Dès lors, toutes les représentations royales sont remplacées par ce symbole républicain, notamment dans les ambassades à l’étranger.

Wicar réalise cette esquisse début 1793, avant de la reproduire grandeur nature pour l’installer sur la façade de la légation française de Florence. Accrochée le 19 avril, elle n’y restera que peu de temps, mystérieusement déposée.

Quant à l’esquisse, une pratique courante voulait qu’on l’offre à un diplomate ou un ami proche. C’est ce petit tableau qui réapparaîtra 222 ans plus tard.

Alain Chevalier, comment ce tableau a-t-il été retrouvé ?

En juin 2015, j’ai reçu un courriel d’un historien, spécialiste de David, qui avait été sollicité pour expertiser un tableau de Wicar, représentant la République. Intrigué, j’ai demandé sa photographie ainsi que la documentation disponible.

Je connaissais une gravure similaire mais je n’avais jamais entendu parler de cet écusson. Après tout, était-ce bien un Wicar ? Que voulait en faire le marchand ?

J’ai décidé de ne pas bouger et de me concentrer sur mes recherches pour être prêt le moment venu : l’œuvre devait être mise en vente lors de la Biennale des antiquaires de Florence.

Mais n’y tenant plus, je suis parti en Italie pour être directement confronté à l’œuvre. Comment est-elle peinte ? Avec quels matériaux ? On s’attend à être déçu.

Mais lorsque je l’ai vue, je suis resté sans voix. Elle était seule, dans une vitrine, sous cloche.

Je l’ai examinée, et conforté par son authenticité et sa beauté, une seule décision s’imposait : la faire venir à Vizille ! Restait à négocier le prix... Conscient de sa valeur, le marchand d’art, Massimo Tettamanti, en demandait 120 000 euros. Nous sommes tombés d’accord sur 90 000 euros avec un délai d’un an pour réunir la somme, instruire les nécessaires validations auprès des experts français, les demandes de subventions, ainsi que la mise en place d’une campagne de financement participatif.

En novembre, nous avions le médaillon en prêt à Vizille. Apparu sur le marché très récemment, sans doute à la suite d’une liquidation de succession, ce tableau provenait de la collection privée d’un érudit italien du XIXe siècle, Leone Vicchi. Tout le monde pourra le découvrir dès le 21 septembre dans son nouvel écrin, parmi les collections du Musée de la Révolution française.

Plus d'informations sur www.domaine-vizille.fr

 

  • Photo : DR

REPÈRES

QUI EST
JEAN-BAPTISTE WICAR ?

Né en 1762, à Lille, dans une famille modeste, Jean-Baptiste Wicar meurt en 1834, à Rome, riche et célèbre. Son tombeau se trouve d’ailleurs dans l’église de Saint-Louis-des-Français, près de la piazza Navona.

Il apprend le dessin dans sa ville natale avant de se perfectionner dans divers ateliers parisiens dont celui qui deviendra son maître et ami, Jacques-Louis David.

A partir de 1784, Wicar partage sa vie d’artiste entre la France et l’Italie où il s’installe définitivement en 1795 après avoir été embastillé.

Il deviendra critique d’art, portraitiste, directeur de l’Académie des Beaux-Arts de Naples, collectionneur et marchand d’art.

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ZOOM SUR...

LA CAMPAGNE
DE FINANCEMENT PARTICIPATIF

Pour acquérir ce tableau de 25 cm par 16 cm, qui figure aux côtés des œuvres les plus emblématiques du musée de la Révolution française, le Département a lancé entre le 28 avril et le 28 juin, sa première campagne de financement participatif.

Au total, 280 personnes ont répondu à l’appel et 25 000 euros ont été réunis. Parmi les participants : Jean-Pierre Barbier, président du Département, premier donateur, mais aussi Pierre Bonte, journaliste-écrivain, le galeriste lyonnais Michel Descours, la ville de Vizille ou encore la Société des études robespierristes.

 A VIZILLE 
LA LIBERTÉ DANS TOUS SES ÉTATS

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La République française par Jean-Baptiste Wicar (1793) (Photo : DR)
Figure allégorique de la Liberté par Nanine Vallain (1794) (Photo : DR)
La Liberté tenant le miroir de la Tempérance par Dugas. Albâtre (vers 1795) (Photo : DR)
Publié le : 
09 septembre 2016